Trump offre primes aux Groenlandais: richesse, PIB élevé et fonctionnaires
Résumé : une proposition de l’administration Trump visant à verser des primes individuelles aux habitants du Groenlande suscite peu d’enthousiasme local. Derrière cet apparent désintérêt se cache une économie largement dépendante des transferts publics et caractérisée par un PIB par habitant élevé mais peu diversifié.
Trump propose primes au Groenland : l’indifférence expliquée
L’idée d’offrir entre 10 000 et 100 000 dollars par personne a circulé dans les media internationaux, mais la population affiche une certaine indifférence. Le projet heurte les réalités politiques et économiques locales : une large majorité des Groenlandais restent opposés à un changement de souveraineté, et les transferts du Danemark constituent le cœur du modèle économique.
Les chiffres sont parlants : en 2023, le territoire a reçu 556 millions d’euros de transferts réguliers, soit près de la moitié des recettes publiques et environ 20 % du PIB. À cela s’ajoutent 204 millions d’euros pour les services régalien et 17 millions d’euros de subventions européennes, soulignant comment la richesse apparente dépend de mécanismes externes. Insight : sans ces transferts, l’attrait économique d’une prime ponctuelle perds beaucoup de sa crédibilité.
PIB par habitant élevé : une richesse relative face aux disparités
Sur le plan du niveau de vie, le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat a atteint environ 71 000 dollars en 2024, comparable à celui du Danemark et supérieur à celui de la France, où il est autour de 54 800 dollars. Ces chiffres placent le Groenland parmi les territoires à haut revenu en moyenne.
Pourtant, la moyenne masque de fortes inégalités : les habitants de la capitale peuvent bénéficier d’un confort semblable à celui des grandes villes nordiques, tandis que des villages isolés voient des revenus en moyenne 50 % plus faibles. Exemple concret : la famille Olsen à Nuuk peut profiter d’activités culturelles et de loisirs, contrastant avec la famille Jakobsen d’un village côtier qui dépend presque uniquement de la pêche. Insight : le chiffre élevé du PIB par habitant n’abolit pas les fractures territoriales.
Emploi public : le rôle central des fonctionnaires dans l’économie
Le tissu social et économique repose fortement sur l’emploi public : environ 40 % des emplois sont dans la fonction publique, contre 27 % au Danemark et 20 % en France. Cette structure explique en grande partie pourquoi une prime unique peine à convaincre : les services publics sont essentiels à la résilience du territoire.
Un changement brutal, tel qu’une réduction significative des dépenses publiques, risquerait d’entraîner une contraction rapide des services et de l’emploi local. Les politiques visant à réduire le secteur public, même partiellement, auraient donc un impact structurel profond. Insight : la centralité des fonctionnaires fait du Groenland un écosystème fragile mais protégé par des transferts externes.
Ressources naturelles et limites de l’exploitation minière
Le territoire est riche en richesses naturelles : terres rares, métaux critiques et hydrocarbures attirent l’intérêt stratégique. Toutefois, l’exploitation reste marginale : une seule mine opérationnelle, coûts d’extraction élevés et infrastructures quasi inexistantes limitent la faisabilité commerciale.
Le contexte géologique et climatique impose des coûts très supérieurs à la moyenne mondiale ; creuser sous la banquise augmente l’incertitude économique. Par conséquent, les recettes attendues de l’extraction demeurent spéculatives et insuffisantes pour remplacer les transferts actuels. Insight : les ressources existent, mais leur conversion en richesse durable reste incertaine.
Croissance, investissements et fragilité budgétaire
L’économie groenlandaise a montré un ralentissement avec une progression du PIB de 0,8 % en 2024 puis 0,2 % en 2025. Les grands chantiers d’infrastructures ont stimulé les années précédentes, portant l’investissement à un niveau exceptionnel de 36 % du PIB en 2023.
Cependant, la fin de certains projets, la baisse des quotas et des prix pour la pêche à la crevette, et la détérioration des recettes fiscales ont creusé un déficit de financement. Les projections démographiques aggravent le tableau : une baisse attendue de la population d’environ 20 % d’ici 2050 mettra sous pression la viabilité des finances publiques. Insight : l’effet de rattrapage des investissements passés cède la place à un enjeu de long terme sur la soutenabilité budgétaire.
- Dépendance aux transferts : la part des transferts danois explique pourquoi une prime ponctuelle ne suffit pas.
- Structure de l’emploi : 40 % de fonctionnaires stabilisent les services mais rendent l’économie vulnérable aux coupes.
- Contrainte logistique : l’extraction minière reste coûteuse et peu rentable sans investissements massifs.
- Disparités territoriales : le niveau de vie moyen masque des revenus locaux très différents.
- Démographie : le vieillissement et le départ des jeunes accentuent les pressions fiscales à long terme.
Insight : ces facteurs combinés expliquent le désintérêt apparent envers des propositions financières externes.
| Indicateur | Valeur | Commentaire |
|---|---|---|
| Population | ~56 000 | Territoire immense, faible densité, forte dispersion géographique. |
| Transferts danois (2023) | 556 M€ | Représente ~50 % des recettes publiques et ~20 % du PIB. |
| PIB par habitant (PPA, 2024) | 71 000 $ | Supérieur à la France (54 800 $) mais moyenne inégale. |
| Part des exportations: pêche | 97,8 % | Très forte concentration sectorielle, risque économique élevé. |
| Emploi public | 40 % | Colonne vertébrale du modèle social et économique. |
Scénarios et piste d’action pour une souveraineté économique
Trois leviers sont plausibles pour réduire la vulnérabilité : diversifier les exportations au-delà de la pêche, attirer une main-d’œuvre qualifiée par des politiques d’immigration ciblées, et investir dans des infrastructures adaptées pour rendre l’exploitation minière rentable. Chacun de ces axes demande du temps, des capitaux et une coordination internationale.
Un exemple concret : un consortium public-privé scandinave pourrait financer un port moderne et des liaisons aériennes régionales, facilitant à la fois le tourisme durable et la logistique minière. Insight : la transformation économique nécessite des projets structurants plutôt que des offres monétaires ponctuelles.
En synthèse, l’offre de Trump de verser des primes aux Groenlandais heurte la réalité d’un territoire où la richesse affichée repose en grande partie sur des transferts publics et où la forte présence de fonctionnaires structure la société. Le désintérêt n’est pas simplement culturel : il reflète une appréciation rationnelle des enjeux économiques et sociaux locaux.